Vous l’avez peut-être vu passer il y a une dizaine de jours, j’ai publié un questionnaire politique en vue d’obtenir des élements de réflexion sur une idée qui me trotte dans la tête. Initialement partagé sur Mastodon, j’ai également relayé le questionnaire par mail auprès de proches susceptibles d’être intéressés.

Voici mon idée : compte tenu des dernières élections, de la hausse de l’abstention et du mécontentement général relatif au système électoral et politique qui semble gagner une bonne partie de la population, est-il envisageable de créer un parti ou un mouvement qui travaille uniquement sur ces questions ? L’objectif de ce parti serait de modifier la constitution et/ou les lois pour favoriser la démocratie, en facilitant et améliorer l’implication des citoyens dans la vie politique, au sens large.

Récemment, un projet de réecriture de la constitution a été porté par la France Insoumise, mais celui-ci n’a pas séduit suffisamment d’électeurs. A titre personnel, je pense qu’il n’est pas possible de fédérer autour d’un tel projet si celui-ci est mélangé au sein d’un même programme avec d’autres mesures plus idéologiques. Si l’on souhaite construire un autre système électoral ensemble, c’est à dire avec le maximum de gens possible, je crois qu’il faut mettre de côté, temporairement, les questions politiques qui peuvent susciter de la controverse ou de la division.

Pour réfléchir de façon plus construite sur cette problématique, j’ai donc mis en ligne un questionnaire sur cette thématique. L’idée était de prendre la température chez un maximum de personnes possibles et de voir ce qui suscitait de l’engouement, de l’intérêt.

12 jours et 256 réponses plus tard, il est l’heure de faire un point sur ce questionnaire, ce sera donc l’objet de ce billet. Si vous souhaitez télécharger les réponses du questionnaires pour faire vos propres analyses, n’hésitez pas à télécharger le fichier CSV brut.

Si les statistiques vous embêtent ou que vous êtes pressé, vous pouvez sauter directement à la conclusion en fin d’article.

N.B. : Je ne suis pas statisticien, et il s’agit d’un projet personnel bénévole. Si vous suspectez une erreur ou une incohérence, merci de m’en avertir :)

Réponses

Comme indiqué précédemment, j’ai reçu 256 réponses complètes à ce questionnaire (et 70 incomplètes, que je n’ai donc pas pu exploiter). L’essentiel des réponses à été transmis dans les 3 jours ayant suivi la publication initiale du questionnaire, après quoi le mouvement s’est essouflé de lui-même.

Démographie

Avant d’analyser les réponses aux questions portant sur le projet lui-même, il me semble judicieux de faire un premier point des réponses liés à la démographie et au positionnement politique des répondants.

Le questionnaire comportait 3 questions relatives à ces aspects :

  1. Dans quelle tranche d’âge vous situez vous ? Réponses possibles : Moins de 18 ans, De 18 à 24 ans, De 25 à 34 ans, De 35 à 49 ans, De 50 à 64 ans, 65 ans et plus
  2. Quel a été votre vote au 1er tour des élections présidentielles 2017 ? Réponses possibles : nom des candidats du premier tour, ainsi que Vote blanc, Vote nul, Abstention et Non inscrit sur les listes électorales
  3. Quel a été votre vote au second tour des élections présidentielles 2017 ? Réponses possibles : nom des candidats du second tour, ainsi que Vote blanc, Vote nul, Abstention et Non inscrit sur les listes électorales

Âge

S’il est normal que les moins de 18 ans soient moins représentés parmi les répondants qu’au sein de la population française, compte tenu de la nature politique du questionnaire, cette tendance s’inverse pour les tranches d’âges suivantes. En effet, près de 70% des réponses ont été soumises par des personnes agées de 18 à 34 ans, alors ces mêmes tranches d’âges ne comptent que 20% des français.

Cette disproportion s’explique à mon avis par deux choses :

  1. Compte tenu de mon âge (24 ans) et de mes réseaux, le questionnaire a atteint principalement des personnes de ces tranches d’âge
  2. Une très grande majorité des répondants a eu accès au questionnaire via le réseau social Mastodon, dont la population est plus jeune que la moyenne

Il faudra donc tenir compte de cette spécificité par la suite et se rappeler que le représentativité des répondants en termes d’âge n’est pas idéale.

Distributions des votes au premier et second tour

Vote au premier tour Vote au second tour

Abstention Emmanuel MACRON Marine LE PEN Non inscrit
Vote blanc Vote nul Total
Abstention 22 2 1 25
Vote blanc 5 5
Non inscrit
19 19
Benoît HAMON 3 22 1 1 27
Emmanuel MACRON 39 1 40
François ASSELINEAU 3 2 5
François FILLON 2 2
Jacques CHEMINADE 1 1
Jean LASSALLE 1 1 2
Jean-Luc MÉLENCHON 30 56 2 20 5 113
Marine LE PEN 4 4
Nathalie ARTHAUD 1 1
Nicolas DUPONT-AIGNAN 1 2 1 4
Philippe POUTOU 5 2 1 8
Total 66 129 10 19 23 9 256

Globalement, les répondant de ce questionnaire se positionnent plutôt à gauche de l’échiquier politique, avec plus de 50% des participants ayant voté pour Jean-Luc Mélenchon au permier tour, bien plus que la moyenne nationale. Il faut donc garder à l’esprit pour la suite que sur le plan politique, les répondants ne sont donc absolument pas représentatifs.

Sans rentrer trop dans les détails, voici quelques constats intéressants :

  • Les électeurs ayant voté Benoît Hamon au premier tour ont en très grande majorité reporté leur vote sur Emmanuel Macron au second tour
  • À l’inverse, chez ceux ayant choisi initialement Jean-Luc Mélanchon, il y a au second tour une répartition quasi-identique entre les votes pour Emmanuel Macron et d’autres positionnements plus contestataires ou hors-système (abstention, vote blanc)
  • L’abstention a presque triplé entre le premier et le second tour
  • Le vote blanc a séduit presque 5 fois plus de personnes d’un tour à l’autre
  • Au total, près d’un tiers des répondants se sont ainsi désintéressés des candidats du second tour, via un vote blanc ou une abstention

Les problématiques

Le premier objectif de ce questionnaire était de recuillir des avis sur un ensemble de mesures et de problématiques liées au fonctionnement du système politique et électoral. Pour chacune des six questions de cette catégorie, les répondants devaient indiquer s’ils étaient tout à fait d’accord, plutôt d’accord, pas vraiment d’accord ou pas du tout d’accord :

  1. Les citoyens devraient pouvoir révoquer le mandat d’un élu
  2. L’abstention doit être prise en compte lors d’un scrutin
  3. Les citoyens devraient pouvoir proposer des projets de loi (Référendum d’initiative populaire)
  4. Les votes blancs doivent être pris en compte dans le total des suffrages exprimés lors d’un scrutin-
  5. Le mode de scrutin actuel (uninominal majoritaire à deux tours pour la présidentielle) devrait être remplacé par un autre mode de scrutin (par exemple le vote alternatif)
  6. Il y a un déséquilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et juidiciaire

Je souhaitais en effet confirmer une de mes hypothèses qui est la suivante : il y a certains manques ou problèmes dans le système électoral actuel qui sont globalement perçus par les citoyens, et ce quelle que soit leur orientation politique.

Premier constat : dans l’ensemble, toutes les propositions ont séduit une majorité de répondant, avec un minimum de 60% de réponses positives, toutes propositions confondues.

Sur certaines propositions, comme la prise en compte du vote blanc, le référendum d’initiative populaire ou la possibilité de révoquer le mandat d’un élu, les retours sont quasi-unanimes, puisque 80% des répondants au moins de prononcent plutôt pour ou totalement pour.

Sur d’autres problématiques, souvent plus floues, les résultats sont moins tranchés. La prise en compte de l’abstention, notamment, a reçu le moins d’avis favorables, et le plus de refus catégoriques.

Il est intéressant de croiser les données d’adhésion aux différentes propositions avec les votes effectués au premier tour. On découvre par exemple qu’aucune des propositions mentionnées n’a réussi à séduire les répondants ayant voté pour François Fillon au premier tour. De même, les personnes ayant voté pour Emmanuel Macron n’adhèrent pas franchement à ce qui a été proposé : aucun d’entre eux n’est entièrement favorable à la possibilité de révoquer le mandat d’un élu, et seulement 10% d’entre sont tout à fait pour la mise en place de referendum d’initiative populaire.

Compte tenu du nombre de répondants ayant soutenu certains candidats (voir “Distributions des votes au premier et second tour”), il est parfois difficile d’analyser sans tomber dans la spéculation pure et simple. Quelques faits importants :

  • Parmi les répondants, l’électorat de Marine Le Pen semble globalement très favorable à ce qui a été proposé.
  • L’électorat de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise semble également s’être retrouvé dans un grand nombre de propositions, qui font certainement écho au programme qui a été porté au cours de la présidentielle de 2017
  • Dans l’ensemble, l’électorat de gauche (Philippe Poutou, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Nathalie Arthaud) suit la même logique, de façon plus mesurée pour les deux derniers d’entre eux.
  • Les abstentionnistes sont ceux qui se retrouvent le plus dans les propositions exprimées

À l’inverse, si l’on analyse les réponses totalement négatives, on constate que ce sont les personnes soutenant Emmanuel Macron et François Fillon (il faut nuancer pour ce dernier, vu le faible nombre de répondants) qui sont le plus hostiles à ce qui a été proposé.

Lorsque l’on étudie plus en détail les réponses de l’électorat d’Emmanuel Macron, il ressort que seules deux propositions sur six ont séduit une majorité de répondant : les référendums d’initiative populaire et la prise en compte des votes blanc. Les autres propositions comptent autour de 40% de soutien, avec une mention spéciale pour la prise en compte de l’abstention qui semble rédhibitoire à 75% pour cette catégorie de répondants.

Mon hypothèse initiale est ainsi partiellement validée : dans l’ensemble, il y a bien un consensus autour du changement de système électoral. Ce consensus, plus marqué à gauche qu’à droite, est également présent chez des personnes dites hors système, par exemple abstentionnistes ou non inscrites sur les listes électorales au moment des élections présidentielles. Les quelques électeurs Front National ayant répondu sont également très favorables à un changement de cette nature.

Fédérer autour d’un éventuel projet

Si une grande majorité de répondants est favorable à un changement de fond dans le système électoral, il devient dès lors logique de se demander à quel point chacun d’entre eux serait prêt à s’engager pour soutenir ce changement.

À l’origine de ce questionnaire, il y a une idée un peu folle : l’idée qu’il serait possible de créer un mouvement ou un parti qui ne se consacre qu’à cette question de la refonte du système électoral et qui, de part sa relative neutralité vis à vis d’autres questions plus orientées politiquement, pourrait séduire un grand nombre d’électeur.

Si les électeurs sont d’accord sur le fond, c’est à dire la nature des problématiques à traiter, ce que semblent avoir confirmé les analyses précédentes, qu’en est-il de la forme ? Le parti politique est-il une forme raisonnable pour travailler sur ces questions ? Les électeurs seraient-ils prêt à voter pour ce parti plutôt qu’un autre, à y consacrer du temps et des ressources ?

Pour répondre à ces interrogations et sur le même modèle que la partie précédent, 4 propositions ont été soumises au répondant. Pour chacune d’entre elles, les répondants devaient se positionner tout à fait d’accord, plutôt d’accord, pas vraiment d’accord ou pas du tout d’accord. Les propositions étaient introduites par ce texte :

Imaginez maintenant qu’un parti politique focalise l’ensemble de son action sur les problématiques listées précédemment et, plus généralement, sur le fonctionnement du système électoral et du gouvernement. Seriez-vous prêt à :

  1. Adhérer à ce parti
  2. Vous impliquer plus concrètement dans le fonctionnement de ce parti
  3. Voter pour ce parti aux législatives
  4. Voter pour ce parti aux présidentielles

Sans surprise, le niveau d’engagement auquel les répondants sont prêt à consentir est relativement contrasté. Au delà des actions les plus simple, telles que voter pour un parti travaillant sur ces problématiques aux présidentielles ou au législatives, qui suscitent une approbation majoritaire, les formes d’actions plus exigeantes telles que l’adhésion ou la participation au fonctionnement proprement dit d’une telle structure trouvent moins d’écho chez les répondants.

Ainsi, si 65% d’entre eux seraient prêt à donner leur voix à ce parti aux présidentielles, et près de 75% aux législatives, seulement un tiers pourrait envisager de s’impliquer plus avant. Cette proportion n’est à mon avis pas choquante : s’impliquer prend du temps, et le temps libre reste une denrée rare.

Ce sont les électeurs Front National qui sont le plus certain de vouloir s’investir, toutes catégories confondues. suivis de prêt par ceux de la France Insoumise et de François Asselineau.

En regardant les réponses “plutôt oui”, on constate plusieurs tendances intéressantes :

  • Les abstentionnistes ne sont pas nécessairement désintéressés de la vie politique ou des partis, puisque 50% d’entre eux se déclarent plutôt prêts à soutenir un tel parti par un vote, 33% à s’impliquer plus régulièrement et 25% à devenir adhérent
  • Les niveaux d’engagement sont plus élevés lorsque les répondants sont moins certains. Cela peut signifier que ceux-ci ont certaines réserves et ont besoin d’être convaincus de la pertinence d’un tel projet.
  • On retrouve à gauche de l’échiquier politique des niveaux d’engagement plus forts, ce qui s’explique logiquement, puisque ce sont ces mêmes personnes qui se sont exprimées en faveurs des propositions lors des questions précédentes

Conclusion(s)

Avant toute chose, je voudrais remercier les personnes qui ont pris le temps de relayer le sondage et d’y répondre. Je tiens également à remercier celles et ceux qui m’ont contacté pour me donner leur avis, me remonter des erreurs ou de problèmes et plus généralement pour entamer le débat autour de ce projet.

Ce qui ressort, pour moi, de cette analyse, c’est que les problématiques soulevées sont jugées importantes. C’est un premier pas non négligeable, tant il est facile d’être à côté de la plaque en cherchant à apporter des solutions aux mauvais problèmes.

J’aurais aimé avoir plus de réponses liées à certains partis ou candidats, notamment Fillonistes et FN. Ils sont sous-représentés dans les réponses et cela introduit un biais non négligeable. Néanmoins, les quelques réponses d’électeurs FN sont plutôt encourageantes et laissent, pourquoi pas, la porte ouverte à une coopération qui aille au délà des traditionnels clivages. Je prend également acte des retours très mitigés des personnes soutenant Emmanuel Macron / En Marche.

Et maintenant ? Il semble y avoir des gens prêts à s’investir, il y a une demande, n’est-ce pas le moment de foncer ?

S’il faut fonder un mouvement, un parti, une structure, bref, un groupe, destiné à travailler sur ces questions et, pourquoi pas, à se présenter aux élections, je pense qu’il faut poser les choses calmement, dès le début, et avancer lentement, pour éviter certaines erreurs.

D’abord, mettons nous d’accord sur l’objectif. “Rendre notre système politique plus démocratique” me semble un intitulé suffisamment concis et clair. Cet objectif part du postulat que tout ce qui peut aider les individus à s’organiser, à coopérer, à s’impliquer, à s’exprimer, à décider ensemble est une bonne chose. Les propositions du questionnaire s’inscrivent dans cette logique, même si elles ne sont ni exhaustives, ni finalisées.

Si vous êtes d’accord avec cet objectif, dans le fond - car la formulation peut laisser à désirer, j’en conviens -, pouvons-nous également nous mettre d’accord sur un ensemble de quelques valeurs fondatrices, destinées à sous-tendre un éventuel mouvement et son action ?

Voici celles que je vous propose :

  1. Équité, car nous sommes tous différents et que le groupe doit aussi prendre en compte l’individu pour fonctionner au mieux
  2. Bienveillance, c’est à dire vouloir le meilleur, pour soi-même autant que pour les autres
  3. Coopération, parce que l’on fait toujours mieux en faisant ensemble

Il est tout à fait possible à terme d’enrichir cette liste. Vous pouvez voir cela comme un point de départ.

Troisième et dernier point qu’il me semble important de traiter maintenant : comment nommer, même temporairement, ce projet ?

Puisque nous parlons de refonder une structure vacillante, que pensez-vous de fondations ? Fondations d’un système plus inclusif, plus efficace, plus démocratique, tout simplement, dont chacun pourrait bénéficier, quel que soit le bord politique ou les idées ?

Si je récapitule :

  1. Un objectif : rendre notre système politique plus démocratique
  2. Trois valeurs fondatrices pour atteindre cet objectif : équité, bienveillance et coopération
  3. Un nom de code : fondations

Rien de définitif là dedans, rien qui ne puisse évoluer si le besoin s’en fait sentir, mais simplement trois premières briques, sans prétention, avec lesquelles commencer à construire.

Vous êtes partant ? Dans ce cas, discutons de la suite ensemble ! Le plus simple, c’est de vous inscrire sur ce chat que j’ai ouvert pour l’occasion. C’est ouvert à tous - il vous suffit simplement de disposer d’une adresse mail -, et cela permettra au moins dans un premier temps d’échanger plus rapidement qu’avec du mail, tout en conservant une trace de ce qui aura été dit. Nous pourrons ensuite mettre en place d’autres outils si nécessaire.

Vous pouvez également me contacter par mail (contact@eliotberriot.com) ou via Mastodon (@eliotberriot@mastodon.eliotberriot.com).

Chiche ?